Je retrouve un vieil article où je me rendais compte que, dans cette histoire, le lièvre doit certainement être de gauche et la tortue de droite, mais surtout que pendant le temps de la fable, y en a un, le lièvre, qui s'active pour découvrir le monde et s'enrichit d'expérience (et de plaisirs) tandis que l'autre, la tortue, est refermée sur elle même, et n'aura pas progressé en quoi que ce soit à l'issue de la course, toute occupée qu'elle est à avancer péniblement, la tête dans les épaules, totalement obnubilée par son but d'arriver la première à passer la ligne d'arrivée.
La tortue ne comprend rien à la vie. Elle ne comprend pas que l'important n'est pas l'objectif mais le parcours pour y arriver.
On finira tous par mourir et il ne faut pas chercher à y aller le plus directement possible, il faut regarder autour de soi, s'intéresser à son environnement, être disponible et prendre du plaisir à bouger.
A la sortie c'est le lièvre qui aura le plus appris et en plus il arrive à peine plus tard après la tortue et s'il avait un TGV à prendre, il l'aurait aussi eu comme la tortue.
(notons par ailleurs que si les "gilets jaunes" avaient été sur le parcours, le lièvre aurait très certainement pris le temps d'échanger avec eux, et donc participé à recréer du lien social qui fait tant défaut aujourd'hui, parce que les gens sont trop enfermés dans leur carapace).
Rien ne sert de courir ; il faut partir à point.
Le Lièvre et la Tortue en sont un témoignage.
Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point
Sitôt que moi ce but. - Sitôt ? Etes-vous sage ?
Repartit l'animal léger.
Ma commère, il vous faut purger
Avec quatre grains d'ellébore.
- Sage ou non, je parie encore.
Ainsi fut fait : et de tous deux
On mit près du but les enjeux :
Savoir quoi, ce n'est pas l'affaire,
Ni de quel juge l'on convint.
Notre Lièvre n'avait que quatre pas à faire ;
J'entends de ceux qu'il fait lorsque prêt d'être atteint
Il s'éloigne des chiens, les renvoie aux Calendes,
Et leur fait arpenter les landes.
Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,
Pour dormir, et pour écouter
D'où vient le vent, il laisse la Tortue
Aller son train de Sénateur.
Elle part, elle s'évertue ;
Elle se hâte avec lenteur.
Lui cependant méprise une telle victoire,
Tient la gageure à peu de gloire,
Croit qu'il y va de son honneur
De partir tard. Il broute, il se repose,
Il s'amuse à toute autre chose
Qu'à la gageure. A la fin quand il vit
Que l'autre touchait presque au bout de la carrière,
Il partit comme un trait ; mais les élans qu'il fit
Furent vains : la Tortue arriva la première.
Eh bien ! lui cria-t-elle, avais-je pas raison ?
De quoi vous sert votre vitesse ?
Moi, l'emporter ! et que serait-ce
Si vous portiez une maison ?
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